
La ligne en question s’épaissit et s’assombrit lorsqu’il survola la crête des San Gabriel Mountains pour déboucher sur Los Angeles proprement dit, et il semblait à présent y avoir des zones secondaires de ciel brun sale vers le nord et le sud en plus de cette longue ligne est-ouest, là-bas, près de l’océan. Il y avait manifestement plusieurs foyers simultanés. Peut-être un peu plus importants que d’habitude, par-dessus le marché. Ce qui n’avait rien de rassurant. À cette époque de l’année à Los Angeles, il y avait des risques partout. Avec un vent aussi fort que celui-ci, toute la délirante métropole pouvait disparaître dans une immense tempête de feu – une seule.
Le contrôleur aérien qui aiguilla Carmichael jusqu’à l’aéroport de Burbank avait la voix enrouée, le débit haché, ce qui aurait pu indiquer qu’il se passait quelque chose d’inhabituel. Mais ces mecs avaient toujours la voix enrouée et le débit haché. Cette pensée réconforta légèrement Carmichael.
Il sentit la fumée lui chatouiller les narines dès l’instant où il descendit de l’avion : mauvaise odeur, acre et familière, puanteur irritante d’un octobre condamné. L’instant d’après, elle lui piquait les yeux. On pouvait presque faire des dessins du bout du doigt dans l’air sale. Sûr que ce devait être un balèze de sinistre, conclut-il.
Un grand échalas en salopette de mécano passa au trot devant lui sur le terrain.
« Hé, mec, lança Carmichael. Ça brûle de quel côté ? »
L’homme s’arrêta, bouche bée, et lui adressa un regard bizarre doublé d’un clignement incrédule, comme si Carmichael venait de redescendre sur terre après avoir passé six mois en orbite. « T’es pas au courant ?
