
— Si j’étais au courant, je te poserais pas la question.
— Merde, ça crame de tous les côtés. Dans tout ce putain de bassin de L.A.
— Partout ? »
Le mécanicien opina. Il avait l’air à moitié cinglé. La mâchoire pendante, les yeux papillotants du barjo défoncé, il remettait ça. « Ça alors, tu veux dire que t’as pas entendu parler de…
— Non. » Carmichael eut envie de le secouer comme un prunier. Il trouvait tout le temps ce genre d’olibrius stupide sur son chemin et en avait horreur. Il désigna d’un geste impatient le ciel enfumé. « C’est aussi sérieux que ça en a l’air ?
— Ouais, c’est sérieux, mec, vraiment sérieux ! Une putain de catastrophe, y a pas à dire. Ça brûle de partout. On a réquisitionné tous les avions civils du coin pour lutter contre l’incendie. Tu ferais bien d’aller voir tout de suite ton chef de secteur.
— Ouais, dit Carmichael, qui démarrait déjà. Je crois qu’il faut que j’y aille. »
II entra au pas de course dans le bâtiment principal de l’aéroport. Les gens s’écartaient sur son passage. C’était un solide gaillard, pas particulièrement grand mais large d’épaules, au torse puissant, et comme tous les Carmichael, il avait des yeux d’un bleu impitoyable, pareils à des projos de poursuite. Quand il se déplaçait rapidement, comme maintenant, on se rangeait sur le côté.
L’odeur acre de la fumée flottait jusqu’à l’intérieur de l’aérogare. L’endroit était en plein délire ; les habitués paniques couraient dans tous les sens et s’interpellaient à tue-tête en agitant leurs serviettes. Tant bien que mal, Carmichael se fraya un chemin jusqu’à un terminal public. Un modèle à l’ancienne, pas un de ces nouveaux bidules pour biopuces implantées. Il appela le chef de secteur sur le réseau d’urgence. Dès qu’il comprit à qui il avait affaire, son correspondant lui dit : « Bouge ton cul et monte en ligne à la vitesse grand V, Mike.
