C’était ingénieux de la part de Wells, mais ce n’était pas le type correct d’ingéniosité, parce qu’elle ne laissait aucun champ d’action aux facultés mentales ni au courage humains ; il s’agissait simplement d’un événement externe qui en annulait un autre, à l’instar d’une averse torrentielle se manifestant pour éteindre l’incendie qui ravage une forêt tandis que tous les pompiers présents regardent le spectacle en suçant leur pouce.

Eh bien, là, si bizarre que cela paraisse, la fiction de Wells était devenue réalité. Les Martiens avaient débarqué pour de bon, et c’étaient des vrais, même si assurément ils ne venaient pas de Mars. Descendus de nulle part, donc, mais… où étaient passés nos systèmes orbitaux d’alerte avancée, se demanda-t-il, les télescopes spatiaux censés scruter le vide à la recherche d’astéroïdes en route vers la Terre et autres petites surprises cosmiques ? Et si ce qu’il voyait à la télé était un échantillon représentatif, ils étaient déjà en train de se pavaner comme de vrais conquérants. Bon gré, mal gré, le monde semblait en guerre, et selon toute apparence, avec des créatures d’un niveau technologique supérieur, puisqu’elles avaient réussi à quitter quelque autre étoile pour venir jusqu’ici, prouesse que nous n’aurions pas pu accomplir.

Il restait à voir, évidemment, ce que voulaient ces envahisseurs. Peut-être n’était-ce même pas une invasion, mais simplement une représentation diplomatique qui était arrivée sur Terre avec une singulière maladresse. Mais si c’était la guerre, songea le Colonel, et que ces créatures possèdent des armes et des pouvoirs dépassant l’entendement humain, on allait avoir l’occasion de se colleter avec le problème que H.G. Wells, un siècle plus tôt, avait préféré résoudre élégamment par un artifice de dernière seconde.



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