
L’esprit du Colonel commençait déjà à égrener toute une litanie de possibilités. Quels personnages il allait lui falloir appeler à Washington ? Est-ce qu’au moins l’un d’entre eux aurait l’idée de l’appeler ? Si une guerre contre ces Étrangers était inévitable – et son intuition lui en donnait la certitude – il avait l’intention d’y jouer un rôle.
Le Colonel n’aimait pas la guerre et était très peu impatient d’y prendre part, et pas seulement parce qu’il avait pris sa retraite des forces armées depuis près de douze ans. Il n’avait jamais enjolivé la guerre. C’était une sale affaire, stupide et cruelle, qui ne signifiait d’ordinaire rien de plus que l’échec d’une démarche rationnelle. Son père, Anson II, le Vieux Colonel, avait participé à la Seconde Guerre mondiale – et pas qu’un peu, ses cicatrices en témoignaient – mais il n’en avait pas moins élevé ses trois fils en vue d’en faire des soldats. Le Vieux Colonel aimait dire : « Des gens comme nous entrent dans l’armée afin de veiller à ce que personne n’ait plus jamais à se battre. » Son fils aîné Anson n’avait jamais cessé d’adhérer à cette idée.
Parfois, cependant, la guerre se jetait carrément sur vous sans vous laisser le moindre choix, et il était alors nécessaire de se battre sous peine d’être anéanti. On était apparemment dans ce genre de situation. Auquel cas, tout retraité qu’il était, il aurait peut-être quelque chose à offrir. Après tout, la psychologie des cultures étrangères avait été sa grande spécialité depuis son séjour au Viêt-nam, même s’il n’avait jamais imaginé avoir une jour affaire à une culture aussi étrangère que celle-ci. N’empêche qu’il y avait certains principes généraux qui devaient pouvoir s’appliquer même dans ce cas…
Soudain, le côté stupidement répétitif de ce que lui montrait l’écran commença à l’irriter. Au bord de la colère, il retourna dehors.
