
Mike Carmichael vivait donc là depuis sept ans, dans une petite maison en bois en haut de Laurel Canyon, au milieu de ses luxuriantes futaies, et sept mois d’octobre successifs, il s’était consciencieusement déplacé pour balancer des ignifugeants chimiques sur les feux de broussailles annuels et épargner aux stupides indigènes les ravages de leur propre négligence. Presque tous les Carmichael avaient été élevés dans la conviction qu’il fallait assumer ses responsabilités sans broncher, sans poser de questions. Même Mike, qui était dans la famille celui qui se rapprochait le plus du rebelle, le comprenait.
Il y avait des incendies. C’était un fait incontournable. On avait besoin de pilotes qualifiés pour aller là-haut les bombarder d’ignifugeants et les éteindre. Mike Carmichael était un pilote qualifié, on avait besoin de lui, et il allait au feu. C’était aussi simple que ça.
Le téléphone sonna sept fois à son domicile avant que Carmichael ne raccroche. Cindy n’avait jamais aimé les répondeurs, les renvois d’appel ou les mini-récepteurs alphanumériques. À l’entendre, les trucs de ce style étaient mécaniques, déshumanisants. Ce qui faisait de leur couple les dernières personnes du monde -ou presque – à se priver de ces gadgets. Quelle importance ? se disait Carmichael. Cindy voulait qu’il en soit ainsi et pas autrement.
