
— Des extraterrestres, dit-elle d’une voix lasse. Les incendies, c’est eux. Trois vaisseaux spatiaux ont atterri à cinq heures ce matin dans trois coins différents du bassin de L.A. C’est la chaleur des réacteurs qui a mis le feu à l’herbe sèche. »
Carmichael ne sourit pas. « Des extraterrestres, ouais. Tu as un drôle de sens de l’humour, ma petite.
— Tu crois que c’est de la blague ?
— Des vaisseaux spatiaux ? Venus d’une autre planète ?
— Avec des monstres de cinq mètres de haut à bord, précisa le régulateur installé devant la console voisine. Linda ne raconte pas de blagues. Ils sont sortis et se baladent sur les autoroutes à l’heure qu’il est. Des gros calmars violets de cinq mètres de haut, Mike.
— Des Martiens ?
— Personne ne sait d’où ils viennent.
— Seigneur, dit Carmichael. Dieu tout-puissant ! »
Neuf heures et demie du matin. Le frère aîné de Carmichael, le colonel Anson Carmichael III, que tout le monde appelait simplement « le Colonel », se tenait devant son téléviseur, bouche bée. Il n’en croyait pas ses yeux. Sa fille Rosalie lui avait téléphoné un quart d’heure plus tôt de Newport Beach pour lui dire d’allumer la télé. Sinon l’idée ne lui en serait pas venue ; la télévision était là pour les petits-enfants, pas pour lui. Et le voilà, lui, officier de l’armée de terre en retraite, maigre, haut sur pattes, le dos résolument droit, la soixantaine à peine entamée, les yeux bleus, perçants, et tous ses cheveux blancs – planté devant son poste de télé en plein milieu de la matinée, bouche bée comme un gosse de cinq ans.
Sur l’écran géant dernier cri incorporé aux parements rosés du mur de la salle de jeux, les deux mêmes scènes stupéfiantes se répétaient alternativement sur tous les canaux, sans discontinuer, depuis quinze minutes qu’il regardait la télé.
